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06/07/2011

Election au Bengale 3 - Les raisons de la chute des marxistes

Un peu d’histoire tout d’abord. En 1920 ( !) Lénine avait averti : « Le jour où Calcutta devient communiste, le monde le deviendra rapidement » Moins de cinq ans après la prédiction, un jeune bengali devint léniniste, puis stalinien. Il devint ensuite celui qui y organisa le Parti, le Politburo de Delhi, puis les attentas terroristes lorsque Gandhi, après 1942, lança son « Quit India-Quittez-l'Inde'’ non violent. Ensuite, après l’indépendance de 47 à laquelle les communistes ne croyaient pas (un Etat bourgeois !) ils lancèrent les émeutes régulières à Calcutta, provoquèrent la scission maoïste (devenue depuis les naxalites d’extrême gauche) et les anéantirent au moment où ils prirent le pouvoir légalement (et bourgeoisement !) en 1977. Le fameux militant presque contemporain de Lénine devint le célèbre Ministre en chef du Bengale, Jyoti Basu,  qui mourut il y a trois ans, à plus de 90 ans et  après  presque trente années de règne. Pour pimenter le tout, j’ajouterai que le président de notre Parti révolutionnaire qui a dirigé notre village et ses environs depuis 1948 est encore en vie, toujours président, et encore ministre jusqu’à ces élections. Il a 96 ans. (Au Kerala, que les communistes viennent de perdre en même temps que le Bengale, leur leader a près de 90 ans ! La gérontocratie, patrimoine génétique stalinien, se portait bien !

Pour se faire élire, avec notre énorme population rurale, ils avaient promis l’impensable : une réforme agraire qui redonnerait aux paysans, surtout aux métayers, la propriété des terres. Ce qu’ils mirent en œuvre avec un immense enthousiasme peu après leur prise de pouvoir, l’année même où je quittais temporairement le slum de Pilkhana pour me lancer avec tous mes amis dans notre longue aventure rurale. Avec tout autant d’enthousiasme. Ainsi je fus témoin privilégié de leur bonne volonté,  de leur rigueur, de leur justice et de leur efficacité dans la réforme foncière. Je vis des jeunes arrêter  leurs études pour aider les paysans. Je vis des familles entières se mettre au service des plus démunis (c’est à ce moment que je fis la connaissance du papa de Gopa, leader marxiste d’une extraordinaire douceur et bonté. Elle, n’avait que dix ans) Et quand je pense aux nombreux maires marxistes qui m’embrassaient, dans plusieurs districts où nous travaillions, je me disais que vraiment, les communistes, ils pouvaient bien rivaliser avec les autres maires du Congrès de Nehru (dont plusieurs m’embrassaient également) Bref c’était l’euphorie. 20 millions de paysans reçurent enfin des droits de propriété inaliénables, après des siècles d’oppression coloniale  et des millénaires d’exploitation. Nul ne peut leur enlever cet exploit contre l’injustice.

Un autre point fort fut l’arrêt de toute altercation et bagarres dite  «communaliste », paix absolue entre les religions. Ce qui n’était de loin pas le cas dans de nombreux Etats de l’Inde aux prises avec les extrémismes de droite hindouistes et islamistes. Enfin, leur réorganisation des communes sur le modèle Moghol fut une réussite : maire et conseil communal élu dans chaque village, avec pouvoir de distribuer directement les fonds de développement sans passer par les intermédiaires. Ce modèle extrêmement  efficace de « Panchayat Raj » (Royaume des communes) fut repris ensuite et appliqué dans toute l’Inde. La corruption néanmoins suivit le succès et finalement, sans opposition réelle, ce fut une vraie dictature des édiles qui ne permirent qu’aux membres du ‘Parti’ d’obtenir quelque chose (ICOD en surt quelque chose avec l’impossibilité d’obtenir des cartes de rations pour nos orphelins voire des cartes de vote ou leur simple renouvellement comme pour moi !)

Et quand je dédiai enfin toute ma vie aux villages oubliés  par les organisations nationales et  internationales, laissant Calcutta se débrouiller avec ses milliers d’ONG et, après Mère Teresa et « la Cité de la Joie » ses centaines d’étrangers), j’oubliai un peu, tous comme les communistes, qu’il existait quand même une métropole de 15 millions et plus d’habitants et quelques grands centres, qui n’appréciaient pas forcement les cadeaux faits aux paysans. Fort des millions de membres de leurs syndicats qui maintenaient d’une main de fer les ouvriers des usines, les professeurs de l’éducation et les salariés généraux des hôpitaux, les communistes maintenant bien installés et ayant pignon sur rue, la police à leurs ordres et toute liberté dans le désordre, s’ s’assoupirent  dans leurs lauriers et oublièrent ainsi peu à peu trois choses essentielles : que les classes moyennes urbaines  n’étaient pas à négliger, pas plus que les nouvelles industries. Et que les jeunes ruraux, après vingt ans de pouvoir, ne savaient plus ce que signifiait « l’opération Barga » (retour de la terre aux métayers-bargadars) et commençaient à aspirer à autre chose qu’à des slogans repris curieusement par toute l’intelligentsia idéaliste de Calcutta (on avait étrangement vécu les mêmes choses en France dans les années 50 à 70, Sartre et consorts conduisant les intellos à fermer les yeux sur les crimes staliniens) La mauvaise gouvernance, l’apparition de la corruption tous azimuts, la lente montée des classes moyennes rurales firent le reste, augmentées par la stagnation de la pauvreté et le dépit des musulmans (25 % de la population) de ne pas avoir reçu plus de travail qui lâchèrent le Parti. Vingt ans de pouvoir, c’est déjà trop !(Que les vieux de 68  se rappellent les défilés ‘Adieu Charlot’ pour faire partir Charles de Gaulle !)

Pour se rattraper, nos marxistes se lancèrent a corps perdu dans une réforme de type chinoise : réhabilitation d’un certain capitalisme d’Etat et démarrage d’une industrie lourde, remplaçant l’industrie de pointe bengalie soigneusement détruite grâce aux syndicats rouges qui permettaient aux ouvriers de gagner sans trop travailler. Et au début du nouveau millénaire, l’idée était lancée : « passons du riz à l’acier, de la patate à la voiture » La mondialisation aidant,  on demandait aux paysans de céder les terres qu’on leur avait donné pour laisser la place aux industries. Ils ne se laissèrent pas faire et refusèrent. Pour être aussi chinois que les chinois, le fusil commença à parler. Et on expropria de force. Le peuple, et même les intellectuels, se révoltèrent. Il y eu alors beaucoup de morts, ce qui aliéna encore plus la population dans le même temps ou notre passionaria Mamata mettait le feu aux poudres des agitateurs : elle emprunta les méthodes violentes marxistes et le fit avec un tel dévouement et une telle conviction, qu’elle fit plier le gouvernement et décréta que, étant en démocratie, le modèle chinois devait se plier aux lois indiennes et laissé parler les urnes. Qui répondirent comme on le sait. Ainsi s’effondra l’Etat rouge en mai 2011. Voici sommairement pour la première question.

 

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