Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/07/2011

Election au Bengale 4 - Comment démarre le nouveau gouvernement

Tout débuta dans une extraordinaire ferveur quasi-révolutionnaire. Mais notre virago, véritable boutefeu féminin dont on craignait les manifestations extrêmes se changea d’un coup de baguette magique en un chef d’Etat  assagi et conscient de ses responsabilités. Retournement absolument inattendu. Elle avait du assimiler Harry Potter ! Mamata mis son charisme au service de changement par le peuple et pour le peuple, entrainant peu à peu dans son sillage, certes tous ses partisans, mais encore les millions de personnes qui n’aspiraient qu’à la paix et à une transmutation paisible à tous les niveaux exigés par les abus et les négligences du gouvernement précédent.  Et en moins de six semaines, voici qu’une fièvre de mutations saisit le pouvoir et toutes les couches de la population. Qu’on en juge :

  • Refus d’une voiture de police pour l’accompagner, refus de faire tourner les signaux de circulation au vert pour elle. Enfin, la Sirène des verts refusa une sirène bleue sur le toit de sa voiture.
  • Demande à tous les ministres de faire de même (ce que beaucoup n’ont pas encore fait)
  • Aucune revanche contre les opposants, mais un dialogue d’égal à égal.
  • Aucun cortège de célébration à travers la ville, ni manifestation quelconque.
  • Aucun député ne doit intervenir  pour empêcher la police de faire son devoir, même si un membre des verts (Trinamoul) est arrêté.
  • Le gouvernement n’est pas le parti. Aucun membre du Trinamoul ne peut être nommé à un poste quelconque s’il n’est pas qualifié.
  • Cela vaut pour tous les postes dans l’administration, les hôpitaux, les écoles, collèges et universités (que les communistes avaient remplis de leurs cadres contestataires)
  • Promesse de transformer Kolkata en un Londres prospère et avenant ( ?) (commencement de l’aménagement esthétique et élégant des quais et des avenues, triplage des km du métro qui enfin va atteindre Howrah en passant sous le Gange (qui n’est pas le Rhône ou la Seine !), intensification du nombre de bus ultramodernes Volvo, embellissement des parcs, interdiction des manifestations dans le centre de la ville et sur l’Esplanade (les millions de manifestants du Parti et de son parti, cela, c’est terminé, ouf !)
  • Promesse de transformer Darjeeling en Suisse de l’Himalaya : là, rien n’es commencé, mais les népalis veulent un Etat pour eux et il semble qu’elle le leur a promis. Depuis cinq ans, arrêt du tourisme dans cette fameuse station d’été, reine des jardins de thé…Il a repris ce mois avec force.
  • Visites-surprises dans l’administration : « C’est terminé,  les quatre heures de travail sur huit ! » clame-t-elle partout.
  • Idem dans les grands hôpitaux publics : démission sur le champ de deux directeurs qui refusaient d’obtempérer quand elle les obligeait à faire admettre de grands blessés qui languissaient hors du portail depuis plusieurs jours sans soins.
  • Déplacements de policiers, de médecins, de cadres (de son parti également) accusés de corruption.
  • Reconnaissance et aide à 10.000 madrassas (écoles musulmanes)
  • Ordre à toutes les mairies et conseils communaux de coopérer avec le gouvernement de Delhi pour l’attribution de cartes pour les plus démunis (quelque soient leurs partis) et pour les différentes aides sociales que le précédent gouvernement refusait d’adjuger ; riz et céréales à deux roupies le kilo, prime de naissance pour les filles, prime pour les vieux, 100 heures de travail assurés par mois pour les journaliers, demi-salaires pour les stagiaires infirmières ou autres de troisième année, collèges dans tous les divisions rurales de plus de 50.000 habitants, transformation de collèges en universités, obligations pour les jeunes médecins de travailler dans les villages quelque temps, etc. etc.

 

Bref, on peut voir quel chamboulement la presse quotidienne nous amène. Sauf une décision stupide rescindée le lendemain au vu des critiques, je puis dire en toute franchise que j’approuve tous les changements proposés. Mais comme elle est la seule  au gouvernement à proposer et disposer, et qu’il est clair que cette femme est le seul homme de son parti, je crains qu’on ne se retrouve dans quelques mois avec une pseudo-dictature bienveillante sur les bras. Je n’ai jamais bien supporté le populisme (qui vaut quand même mieux que l’anarchie) mais lorsque les brebis les meilleures se transforment en moutons de Panurge et la masse en cohortes de lemmings suicidaires, les lendemains chantent rarement. Sinon faux.

En attendant, notre héroïne clame à qui mieux que c’est elle toute seule qui a abattu les communistes. Il faut quand bien même avouer qu’ils se sont autodétruits ! Et elle semble oublier l’appui magistral du Congrès de Delhi. Sans avoir été deux fois ministre des Chemins de fer, elle n’aurait jamais rien pu promettre et établir concrètement un réseau ferroviaire rural avant les élections. Je préfère la sincérité d’un  Gorbatchev qui dit toujours : « Ce n’est pas moi qui ai détruit le communisme, c’est Jean-Paul II »

 

En attendant, la glasnost prévaut, d’ailleurs aussi bien à New Delhi qu’à Kolkata. C’est la lutte à outrance contre la corruption. Le gouvernement a déjà fait emprisonner plusieurs ministres et des chefs de multinationales, des fils (et filles) de financiers influents. Des juges même sont interpellés. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg, aussi, un célèbre yogi héros de la TV  (Baba Ramdev) qui a des admirateurs (et de l’argent) dans deux cents pays (qu’il dit !) s’est lancé dans une grève de la faim ‘à mort’. Il a du l’interrompre quand le gouvernement a voulu y  mettre fin et s’est enfui avec les habits d’une femme musulmane. Mais sa longue barbe l’a trahi. Un gandhien assez connu a pris la relève, mais Hazaré n’est pas de taille. Ces grèves de la faim pseudo-gandhiennes veulent obliger à la création d’une structure au-dessus du parlement, ce qui est contraire à  la constitution. Mais au moins, au lieu de ne parler que de la corruption, on parle maintenant de la lutte contre elle. A tel point qu’au Premier ministre disant qu’un accord est en bonne voie avec la Suisse pour obliger au rapatriement des fonds destinés au blanchissement, l’opposition a répliqué : « Ce n’est pas en Suisse que se trouve la majorité de l’argent noir, mais en Inde »  Dont acte.

Les commentaires sont fermés.