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05/09/2011

Gaston perd un ami

 

 

 Dans sa chronique du mois d'aout, Gaston rend hommage à un ami hindou et décrit ses obsèques. 

Décès de mon ami le Maharaj de la Ramakrishna Mission de Bélari.

 

Bélari a perdu son Saint. Toute la région a perdue son Gouroudev (Gourou divin). Et moi j’ai perdu un ami et Mentor très cher, le très vénéré Maharaj de la Ramakrishna que je connaissais depuis 26 ans, que j’allais voir régulièrement en son bel ermitage du bord du Gange, dont j’allais ‘touché les pieds’ en signe de grande vénération.

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Swami Bidayanda-Béatitude-la-Connaissance avait 97 ans.

  • Il était né en 1914, onze ans après le décès du grand Vivekananda, et avait donc connu les deux guerres mondiales,
  • avait accompagné Gandhi sur les routes du Bengale et même à travers les chemins boueux des villages d’intouchables et de musulmans refugiés de Shyampour et Uluberia jusqu’à Bélari,
  • s’était indigné des injustices des conquérants anglais et de l’arrogante suffisance de leurs missionnaires chrétiens,
  • avait douloureusement ressenti la mort de Rabindranath Tagore, le grand poète et écrivain Nobel de la Paix , en 1941,
  • avait participé à l’aide à la grande famine du Bengale de 1943 qui fit trois millions de morts avec ses moines travailleurs sociaux, (« Merci Winston ! »)
  • s’était réjoui à l’Indépendance du pays en 1947, s’était engagé dans le secours aux dizaines de millions de réfugiés de la grande Partition de l’Inde voulue finalement par toutes les parties en jeu à l’exception de Gandhi,
  • avait agonisé avec le monde entier à l’assassinat du Mahatma en 1948,
  • avait assisté à la montée des intolérances religieuses que son Maître vénéré, le St François d’Assise Bengali Sri Sri Ramakrishna Parahamsa du XIX e siècle avait réussi a éliminer du pays par son extraordinaire tolérance religieuse
  • et enfin, tout en voyant peu à peu s’augmenter le nombre de ses disciples qui atteignaient peut-être 30.000 à la fin de sa vie, contemplait avec une angoisse grandissante la décadence politique et la diminution en intensité des manifestations publiques pures de l’hindouisme.

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Le Temple qu'il a construit

Tout cela fit que la fin de sa vie fut marquée par une certaine tristesse qu’il me confiait souvent :

« Notre Ashram a commencé en 1930. Je suis arrivé en 1940 après la fin de mes études de sannyasis (moine hindou), car j’’etais né dans ces villages. Devenu Maharaj (Maître Prieur), durant 70 ans je me suis consacré à la prière et au relèvement de la vie des intouchables qui constituaient la commune et les environs de Belari. J’y ai créé une école pour garçons, puis la première pour filles dans le secteur. Il y a plus de mille élèves aujourd’hui. Accompagné d’un orphelinat pour une cinquantaine de jeunes. Enfin pas mal de projets ruraux, une poste, un canal de plusieurs km de long pour l’irrigation, une route pavée. Quand vous êtes arrivés il y a 26 ans, il n’y avait ni poste de police, ni route de bus. Nous avons fait pression sur les élus pour les avoir et nous les avons obtenus. Puis j’ai créé une forêt sur le bord de la Bhagirathi (nom sacré du Gange) Enfin, « Soritda- Rivière Sacrée », moine laïc de notre Ramakrishna Mission vous a fait venir avec Sukhesidevi-la-Déesse pour faire tourner un dispensaire qui a soigné plus de trois millions de personnes depuis. Enfin, j’ai construit un petit temple à l’Ashram et un beau temple au bord de la rivière des dieux où des milliers de dévots viennent prier, tout comme vous et la Ma-maman d’ICOD Gopadevi (la déesse Gopa). J’ai tout fait ce que j’ai pu. Mais les gens ne me sont même pas reconnaissants. Dans ma vie, ils m’ont beaucoup calomnié, humilié, ont voulu me chasser parce que je ne leur donnais pas tout. Seul le Grand dieu donne tout. Que pouvais-je faire de plus ? »

Et il s’enfonçait alors dans une longue méditation que je n’osais plus interrompre. Il avait comme ça de courts moments de dépression. Puis, au contact de son Gourou et Dieu, il reprenait son visage souriant. Car il souriait et riait toujours. Il possédait, cerné de mille rides, des yeux d’enfants, et quand il s’animait on voyait vraiment un gamin rieur, plein de malice et de joie, mais avec au tréfonds des pupilles la profondeur du puits divin que seul l’Esprit peut atteindre et ceux qui sont conduits par Lui. Il respirait Dieu. Il habitait la Gîta, « le Chant de la Miséricorde de Bhagwan ». Il vivait ‘L’Evangile de Ramakrishna’. Les gens l’approchaient comme ils s’adressaient à une idole. Et ils les bénissaient de son bon sourire, ou d’un grand rire s’il les reconnaissait. En me voyant et invariablement, il se levait et criait « Joy Jissou - Vive Jésus » et nous nous embrassions alors que je lui répondais : « Vive Ram et bénis soit Bhagwan ! »

Il nous avait offert deux arbres extrêmement rares et précieux qu’il avait lui-même apporté d’un autre Ashram de l’Orissa, un « Nagling-Lingam du Naja », en fait un Couroupita de Guyane (voir photos) Nous en aurons des fleurs dans dix ans ! Soritda-Rivière sacrée aussi nous en avait offert d’autres, des palmiers Caryota « à queues de poisson » de plantés à Bélari quand nous y travaillons et qui n’a donné ses immenses grappes qu’après 15 ans.  Nous en avons quatre qui mûriront dans dix ans également. On travaille pour le futur.

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 L'arbre offert à l'ICOD

Un messager nous arrive en fin juin nous annoncer que le Maharaj de Bélari vient de mourir à l’hôpital. Il a été hospitalisé au moins cinq fois cette année et j’ai eu souvent l’occasion d’aller le visiter. Il devenait de plus en plus sourd et aveugle, mais continuait à raconter ses histoires et parfois aventures avec son visage de mystique illuminé, de Sage. La dernière fois que je l’avais rencontré, cinq jours avant son décès, il me disait en riant : « Je demande chaque jour à Bagwan(Dieu), ‘Quand me prendrez-vous ?’Et chaque jour je ne vois rien arriver. Je lui ai répondu : «Vous ne savez pas vous y prendre! Il ne faut pas demander ‘quand ?’(en bengali ‘kobé ’, quel jour ?) mais demander ‘Kokhon ?’ : ‘à quelle heure aujourd’hui?’. Et vous verrez, vous partirez immédiatement ! »

Je ne sais s’il m’a écouté, mais le grand Dieu universel de Compassion est venu le prendre cinq jours après. Il y a quatre ans qu’il priait pour mourir !

 

Dès qu’on a appris la nouvelle, on s’est précipité à Bélari, où le corps venait de quitter le centre de Polly Bikash Samiti que Sukeshi avait fondé. Nous sommes donc arrivés, Gopa et moi, à son temple en même temps que lui. Il a été déposé dan son premier temple, et j’ai eu l’émotion d’avoir été invité à lui passer la première guirlande, après l’avoir embrassé (ce qui en se fait pas chez les moines). Comme c’était tard le soir, les cérémonies ont été remises au lendemain avant la crémation vers midi.

A 7 heures du matin, nous étions là avec nos grandes filles. Les moines ont ouvert la grille pour nous où j’ai pu procéder à une dernière prière et bénédiction seul. Un privilège que des milliers de dévots de longue date m’ont certainement enviés. Ensuite ce fut la cérémonie au grand temple. Notre Sage ‘Soritda Rivière sacrée’, malade, était assis avec les représentants de l’Ordre (qui compte plusieurs milliers de moines) et on me mit une chaise…sous la photo de Jésus-Christ ! Il y eu de magnifiques chants et de nombreuses interventions de moines et de différents Maharaj d’autres Ashrams. A la fin, on vint m’inviter à parler et je le fis pour la première fois dans un temple hindou en face de sannyasis…et même d’une sannyasini (nonne) qui vint le lendemain à ICOD prier magnifiquement avec nous tous

 

 

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Cérémonie du lavage

Ensuite, tout le monde suivit le corps pour le lavage traditionnel du corps au bord du Gange, qui offrait un des plus paisibles paysage mortuaire qu’on puisse imaginer.

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Lieu de la crémation

On m’octroya à chaque étape la première place, ce qui m’étonna fort, car aucun des grands Sannyasis ne me connaissait. Mais l’hôte est sacré, surtout s’il est chrétien et consacré. Juste avant la crémation sur du bois de santal, je pu le bénir une dernière fois. « Amor rahé » hurlait la foule « Reste avec nous à jamais » Il aurait fallu attendre encore deux heures sous le brûlant soleil d’août, mais il me fallu partir avant la fin, car je me sentais d’autant plus fatigué qu’il me fallait gardé bonne figure devant la curiosité de centaines de gens, surtout de jeunes, qui n’avaient guère eu l’occasion de m’approcher depuis que j’avais quitté Bélari et qui me dévisageaient comme seuls nos amis indiens savent le faire ! Car ils n’avaient jamais vu ‘d’américain’ ailleurs que sur le petit écran !

 

 

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