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21/11/2019

DÉMARRAGE DU GRAND PROJET DE COUTURE

Voici un nouvel extrait de la dernière chronique de Gaston

 

DÉMARRAGE DU GRAND PROJET DE COUTURE

AVEC LE GOUVERNEMENT POUR 240 FILLES PAR AN.


Un nouveau projet au long cours, proposé par un ministère de Delhi (BHARAT SEBABRATI MAHASANGHA (BSM) : SERVICE DE L’HUMANITÉ EN INDE ») pour la « FORMATION CE COUTURIÈRES TRAVAILLANT À LEUR COMPTE » par l’intermédiaire de la « Société du Bengale pour le développement des jeunes (PBSSD) » et de leur branche à Rajapur (Ulubéria)

Évidemment, comme toujours avec le gouvernement, c’est très compliqué… Essayons d’en simplifier les explications.

Notre secrétaire s’est mise en contact avec BSM depuis plus d’un an. Proposé le 17 aout 2018, le M.O.U (contrat notarié) a été signé par Gopa le 3 décembre 18, et le projet a enfin démarré le 18 octobre 2019 avec PDDSSD pour six mois, renouvelable pour trois ans (31.08.21) Rendons au moins hommage à notre secrétaire pour sa
persévérance !


1. 240 filles/dames (deux fois 120 chaque 6 mois), la plupart entre 19 et 40 ans, sont réparties en deux groupes de 60 qui viennent se former alternativement 6 jours par semaine et quatre heures par jour, sous la direction de deux professionnels : une fille qui avait terminé cet apprentissage, et notre UDOY, tailleur d’un village voisin
qui travaille depuis dix ans avec Gopa et qui a formé plus de cent jeunes filles à la couture, mais informellement. 


2. La caractéristique de ce programme est tout d’abord qu’il est gratuit, et ensuite que les apprenties seront payées 50 roupies par jour d’apprentissage si elles passent leur diplôme. Ce qui leur fera environ 1000 roupies par mois si elles n’ont jamais été absentes. Un système d’enregistrement biométrique se fait chaque jour par
ordinateur pour enregistrer leur présence (comme pour nos travailleurs d’ailleurs) La responsable en est ‘Chameli-Jasmin’, une jeune fille vraiment qualifiée qui maintient toutes les data. Elle est de plus toujours souriante, ce qui n’est pas évident chez les professionnels qui en général se croient supérieurs aux autres, surtout dans les villages où ils/elles sont rares.


3. Une deuxième caractéristique est que les apprenties sont formées pour créer elles-mêmes leur propre projet (avec l’aide du gouvernement) et donc de former d’autres filles. Elles seront ainsi payées dès leur diplôme et de même pour leur installation (dit-on ?)


4. Une troisième caractéristique est qu’ICOD également sera remboursé de tous ses frais au moment des diplômes, et recevra un montant équivalent à 120 roupies par jour et par apprentie ayant réussi. Techniquement, ICOD pourrait recevoir 7oo.ooo roupies par semestre, donc 14 lakhs par an. Mais cela ne serait pas étonnant que le gouvernement avec ses calculs hyper compliqués de pourcentages, de dommagements aux intermédiaires, de plaintes à propos de de ci et de ça, ne nous donne qu’environ dix lakhs…On verra pour la première tranche en mars.

 
5. Une quatrième caractéristique est que, si nous pouvons commencer plusieurs programmes ailleurs, nous recevrons 20, 30 ou 50 % d’augmentation selon les endroits…Gopa et Sarit en ont déjà trouvés deux où des ONG sont prêtes à offrir leurs locaux pour que les filles locales puissent bénéficier de ce projet majeur. Le plus
important serait de commencer à Midnapour (un endroit est déjà trouvé), voire au ‘Jungle Mahal’ où les filles aborigènes sont si exploitées et tellement au chômage.
Nous ferons déjà le point le mois prochain, et je vous enverrai les photos des ateliers qu’on ne peut pas faire proprement durant ces derniers jours où les cataractes imprévisibles du ciel ont repris.

07/11/2019

PRIX NOBEL DE L’ÉCONOMIE À UN HABITANT DE KOLKATA

Voici un extrait de la dernière chronique de Gaston qui salue l'attribution du dernier prix Nobel d'économie.

 


Grands titres à la Une :

« CALCUTTA, LA CITÉ DES NOBELS ».

Car on en a déjà eu cinq :

Le Dr Ross, en 1902, qui a découvert le moustique parasite de la malaria et son traitement (son laboratoire est encore là sous son nom) ;


Rabindranath Tagore en 1913, littérature, (premier homme de couleur) ;

V.C. Rahman, 1930, physique (premier homme de couleur) ;

Mère Teresa, Paix en 1979 ;

Dr Amarthya Sen, économie, en 1998, le génie actuel protecteur des pauvres ;

et enfin cette année Abhijit Banerjee (Économie également) dont la maman est une grande personnalité scientifique locale, et dont la femme, Esther Duflo, française, est également prix Nobel d’économie (avec elle, cela fait presque six !) Et tous deux sont ici dans leur famille alors que j’écris, bien qu’ils vivent aux USA.
Il paraît qu’Esther Duflo avait six ans lorsqu’elle a lu dans une bande dessinée sur Mère Teresa, que Calcutta était une ville surpeuplée où chaque résident vivait sur un espace de 10 m2. De son côté à six ans, Abhijit connaissait tous les pauvres habitants des petits bidonvilles autour de chez lui. Ces enfants ne faisaient que jouer et le battaient dans tous les sports. Il en était fort jaloux.
Depuis plus de 20 ans, le couple d’économistes le plus célèbre du monde avait décidé de chercher à comprendre comment la vie des 700 millions qui vivent dans l’extrême pauvreté pourrait évoluer positivement.

D'évidence il fallait tout d’abord les comprendre dans toutes leurs complexités et leurs richesses.
Abhijit n’est pas un politicien. C’est un savant, mais pas « pur », car la façon dont il partage la vie de ceux qu’ils veulent aider montre qu’il a une fibre qui le classe à part. Curieusement, exactement comme sa femme et comme notre autre Nobel économiste Amarthya Sen, qui se balade souvent encore à bicyclette ! Leurs noms à tous trois sont cités fréquemment ici. Je ne sais si mon ami Woheb l’a rencontré, mais Abhijit a parfois supervisé la recherche et la prévention de la dengue ces trois dernières années dans les faubourgs de Kolkata, où elle fait encore des ravages. Et Woheb fait partie de l’équipe dirigeante avec quelques spécialistes de SHIS.

Ce couple de Nobel a créé de concert un laboratoire J-Pal en 2013 aux USA, qui, avec 400 collaborateurs, s’attaque à la recherche de l’amélioration de la pauvreté globale à partir d’échantillons de population, recherche appelée « essais contrôlés
"randomisés" maintenant utilisée dans le monde entier. Ce sont des essais dans lequel les personnes sont choisies de manière aléatoire (au hasard uniquement) pour recevoir l’une des interventions proposées, telles qu’un nouveau médicament, un certain nombre de nourriture, de livres, d’argent, de familles, d’écoles, etc. L’une de ces interventions est le groupe de contrôle (ou témoin), dans lequel le participant peut par exemple recevoir un placebo ou alors ne rien recevoir du tout sans le savoir, ou encore prendre le meilleur traitement actuellement disponible, la meilleur nourriture, la meilleure école etc.

Ce type d’étude, qui est l’un des outils les plus simples mais aussi les plus puissants en recherche clinique pour juger de l’efficacité des médicaments, est ici utilisé pour
détecter ce qui favorise ou non la pauvreté globale. "Cette envie de réduire les pauvres à un ensemble de clichés est avec nous depuis que la pauvreté existe. Les pauvres apparaissent, dans la théorie sociale comme dans la littérature, tour à tour paresseux ou entreprenants, nobles ou voleurs, en colère ou passifs, impuissants ou
autosuffisants", écrivaient-ils dans leur ouvrage fondateur, ‘Poor Economics’, (en français, je crois  Repenser la pauvreté), qui examine la vraie nature de la pauvreté et la réaction des pauvres aux incitations. Les deux scientifiques ont fait remarquer que, le besoin était "de cesser de réduire les pauvres à des personnages de
dessins animés et de prendre le temps de bien comprendre leur vie, dans toute sa complexité et sa richesse, et pas seulement de les admirer ou de les prendre en pitié"

Au fil des ans, avec l'aide d'études sur le terrain réalisées en Inde et en Afrique à l'aide d'essais randomisés, ils ont essayé de comprendre ce que les pauvres sont capables de réaliser, où et pour quelle raison ils ont besoin d'un coup de pouce. Ils ont mené 70 à 80 expériences dans de nombreux pays. Ils se sont intéressé aux problèmes permanent auxquels je me suis confronté toute ma vie, comme : pourquoi les enfants pauvres allant à l’école n’apprennent pas beaucoup, et parfois rien ? (limite des enseignants qui continuent sans prendre de temps pour les retardés)) ; pourquoi les pauvres ne mangent pas plus quand ils ont un meilleur revenu ? (ils ont alors bien d’autres incitations) ; Pourquoi la micro-finance ne suffit pas ?
(s’ils n’ont rien d’intéressant à part la télé, ils n’acquièrent aucunes d’initiative) ; pourquoi la malnutrition continue de les affecter malgré de bons médicaments ? (les pilules ou vaccins ne servent à rien tant que les dosages ne sont
pas individualisés)Etc…
Et le couple de conclure « que les pays pauvres ne sont pas voués à l’échec parce qu’ils sont pauvres ou parce qu’ils ont subis beaucoup de malheurs »…mais « qu’il n’existe pas de baguettes magiques pour mettre fin à la pauvreté » L’inde d’ailleurs, un des plus pauvres pays du monde il y a encore 40 ans, est maintenant avec la Chine en tête du peloton des pays émergents. Bien que tous deux drainent encore des dizaines de millions de pauvres.
Ce qu’il faut, assènent nos Nobels, c’est : « Combattre l'ignorance, l'idéologie et l'inertie".
J’avoue que je regrette de ne pas avoir été présent là où ils ont testés longuement au Bengale leurs théories (Je n’ai jamais travaillé à Burdwân, pourtant pas loin d’ici). En 1977, une équipe de l’OMS était resté longtemps à notre dispensaire de Pilkhana (petit hôpital SSS qui existe toujours) alors qu’on traquait les tous derniers cas de variole en Inde, donc du monde. Devant une foule de presque huit cent malades par jour (ce que des médecins estimaient impossible…alors qu’on atteindra 1200 aux Sundarbans ou à Bélari plus tard), ils m’avaient dit : c’est avec une
équipe paramédicale multi-spécialités de base comme la vôtre, qu’on aurait voulu travailler ces trois dernières années de lutte contre la variole ! Ils avaient compris que ce ne sont pas les médecins qui peuvent combatte les maladies des pauvres, mais des gars et des fille formés pour être « médecins aux pieds nus », allant partout, s’intéressant à tous les problèmes des miséreux, vivant avec eux, connaissant leurs priorités et leurs limites qui seuls pourraient faire fléchir les courbes de la mortalité infantile, de leur morbidité, de la dénutrition, de la
contagiosité et des maladies gynécologiques, déjà au niveau des fillettes jusqu’à l’éducation des filles et belles filles par les mamans. Si elles envoyaient leurs gosses au dispensaire de Pilkhana, ce n’était jamais pour la toux, l’estomac, le cœur ou les os, mais c’étaient pour les maladies de peau et les pansements nécessaires, pour les vers tueurs, pour les bobos et blessures mineures, pour les parasites des pieds ou de la tête…voire les yeux. Toutes choses que la plupart des médecins ignorent, car on n’a pas besoin de stéthoscope pour cela ! Ainsi, répondons à ces besoins primordiaux où la guérison est immédiatement visible, et les malades afflueront, et alors, mais alors seulement, un médecin sera nécessaire pour de grosses maladies dont personne ne se soucie. Quelle maman va s’affoler pour un premier symptôme de polio (mal de tête), ou pour une tache plus rouge que les autres de variole
au milieu des eczémas envahissants ? Ou de démangeaisons plus graves du typhus dans une tête infestée de poux ? Ou des vomissements du choléra, alors que les vers les font déjà tous vomir ? Je suis certain alors que la méthode « d’essais randomisés et contrôlés » d’Abhijit aurait vite fait de comparer nos résultats à Pilkhana, avec
ceux des slums environnants avant qu’on y travaille, ou dans les différentes zones rurales ou nos équipent ont travaillés 40 ans et plus ! Non pas pour qu’on nous dise « Bravo, bon travail », mais pour qu’on nous souligne les limites de nos activités, le temps perdu à ne pas suivre une méthode plus scientifique, et surtout, pour faire
comprendre aux médecins qu’ils ne sont pas là pour jouer les grands manitous à la recherche de maladies rares, mais pour mettre leur science au niveau de leurs malades, au niveau des pâquerettes et des lotus, mais pas au niveau de faux Nobels !

Las, ils n’ont toujours pas compris, et notre propre médecin, hautement qualifiés, ne
daigne guère faire un pansement, ne veut pas plus de 50 malades par jour, et se contente de distribuer des antibiotiques (toujours plus fort) contre des toux ou des diarrhées… virales, ce qui, après le passage de deux médecins MBBS, nous a forcé à fermer le dispensaire d’ICOD, les malades devenant résistants à tout !
Excusez-moi pour ce nouvel excursus, mais on a partout toujours regardé de haut notre méthode de « filles médecins aux pieds nus », avec ses millions de cas traités, que maintenant que j’ai dû arrêter à cause de la surdité et l’âge, je regrette de ne pas avoir rencontré avant Abhijit ou Esther. Eux auraient compris. Et aujourd’hui le
monde médical reparle de redémarrer à partir de la base. Il y a dix jours, dans une conférence à Kolkata : « Mais pourquoi faut-il des médecins partout ? Il vaudrait mieux former des infirmiers – bien sûr pas des filles - qui ferait le
gros du travail à la base, et ensuite, nous pourrions y aller et travailler de concert avec eux ? » CQFD…Mais avec des filles, base de l’approche confiante des familles ! Puis on a pu lire dans les journaux cette semaine qu’il faut à tout prix abandonner l’idée des « médecins aux pieds nus » car les chinois les ont utilisés pour imposer leur «une famille, un enfant», pour sanctionner, punir et déporter les coupables ! » Et maintenant, il n’y a plus que les équipes de SHIS qui le font, mais qui meurent faute de fonds, et Sukeshi, le dernier des Mohicans infirmiers, qui se morfond !

Et Bibi bien sûr, qui touche les tréfonds…des bas-fonds.

PRIX NOBEL DE L’ÉCONOMIE À UN HABITANT DE KOLKATA

Voici un extrait de la dernière chronique de Gaston qui salue l'attribution du dernier prix Nobel d'économie.

 


Grands titres à la Une :

« CALCUTTA, LA CITÉ DES NOBELS ».

Car on en a déjà eu cinq :

Le Dr Ross, en 1902, qui a découvert le moustique parasite de la malaria et son traitement (son laboratoire est encore là sous son nom) ;


Rabindranath Tagore en 1913, littérature, (premier homme de couleur) ;

V.C. Rahman, 1930, physique (premier homme de couleur) ;

Mère Teresa, Paix en 1979 ;

Dr Amarthya Sen, économie, en 1998, le génie actuel protecteur des pauvres ;

et enfin cette année Abhijit Banerjee (Économie également) dont la maman est une grande personnalité scientifique locale, et dont la femme, Esther Duflo, française, est également prix Nobel d’économie (avec elle, cela fait presque six !) Et tous deux sont ici dans leur famille alors que j’écris, bien qu’ils vivent aux USA.
Il paraît qu’Esther Duflo avait six ans lorsqu’elle a lu dans une bande dessinée sur Mère Teresa, que Calcutta était une ville surpeuplée où chaque résident vivait sur un espace de 10 m2. De son côté à six ans, Abhijit connaissait tous les pauvres habitants des petits bidonvilles autour de chez lui. Ces enfants ne faisaient que jouer et le battaient dans tous les sports. Il en était fort jaloux.
Depuis plus de 20 ans, le couple d’économistes le plus célèbre du monde avait décidé de chercher à comprendre comment la vie des 700 millions qui vivent dans l’extrême pauvreté pourrait évoluer positivement.

D'évidence il fallait tout d’abord les comprendre dans toutes leurs complexités et leurs richesses.
Abhijit n’est pas un politicien. C’est un savant, mais pas « pur », car la façon dont il partage la vie de ceux qu’ils veulent aider montre qu’il a une fibre qui le classe à part. Curieusement, exactement comme sa femme et comme notre autre Nobel économiste Amarthya Sen, qui se balade souvent encore à bicyclette ! Leurs noms à tous trois sont cités fréquemment ici. Je ne sais si mon ami Woheb l’a rencontré, mais Abhijit a parfois supervisé la recherche et la prévention de la dengue ces trois dernières années dans les faubourgs de Kolkata, où elle fait encore des ravages. Et Woheb fait partie de l’équipe dirigeante avec quelques spécialistes de SHIS.

Ce couple de Nobel a créé de concert un laboratoire J-Pal en 2013 aux USA, qui, avec 400 collaborateurs, s’attaque à la recherche de l’amélioration de la pauvreté globale à partir d’échantillons de population, recherche appelée « essais contrôlés
"randomisés" maintenant utilisée dans le monde entier. Ce sont des essais dans lequel les personnes sont choisies de manière aléatoire (au hasard uniquement) pour recevoir l’une des interventions proposées, telles qu’un nouveau médicament, un certain nombre de nourriture, de livres, d’argent, de familles, d’écoles, etc. L’une de ces interventions est le groupe de contrôle (ou témoin), dans lequel le participant peut par exemple recevoir un placebo ou alors ne rien recevoir du tout sans le savoir, ou encore prendre le meilleur traitement actuellement disponible, la meilleur nourriture, la meilleure école etc.

Ce type d’étude, qui est l’un des outils les plus simples mais aussi les plus puissants en recherche clinique pour juger de l’efficacité des médicaments, est ici utilisé pour
détecter ce qui favorise ou non la pauvreté globale. "Cette envie de réduire les pauvres à un ensemble de clichés est avec nous depuis que la pauvreté existe. Les pauvres apparaissent, dans la théorie sociale comme dans la littérature, tour à tour paresseux ou entreprenants, nobles ou voleurs, en colère ou passifs, impuissants ou
autosuffisants", écrivaient-ils dans leur ouvrage fondateur, ‘Poor Economics’, (en français, je crois  Repenser la pauvreté), qui examine la vraie nature de la pauvreté et la réaction des pauvres aux incitations. Les deux scientifiques ont fait remarquer que, le besoin était "de cesser de réduire les pauvres à des personnages de
dessins animés et de prendre le temps de bien comprendre leur vie, dans toute sa complexité et sa richesse, et pas seulement de les admirer ou de les prendre en pitié"

Au fil des ans, avec l'aide d'études sur le terrain réalisées en Inde et en Afrique à l'aide d'essais randomisés, ils ont essayé de comprendre ce que les pauvres sont capables de réaliser, où et pour quelle raison ils ont besoin d'un coup de pouce. Ils ont mené 70 à 80 expériences dans de nombreux pays. Ils se sont intéressé aux problèmes permanent auxquels je me suis confronté toute ma vie, comme : pourquoi les enfants pauvres allant à l’école n’apprennent pas beaucoup, et parfois rien ? (limite des enseignants qui continuent sans prendre de temps pour les retardés)) ; pourquoi les pauvres ne mangent pas plus quand ils ont un meilleur revenu ? (ils ont alors bien d’autres incitations) ; Pourquoi la micro-finance ne suffit pas ?
(s’ils n’ont rien d’intéressant à part la télé, ils n’acquièrent aucunes d’initiative) ; pourquoi la malnutrition continue de les affecter malgré de bons médicaments ? (les pilules ou vaccins ne servent à rien tant que les dosages ne sont
pas individualisés)Etc…
Et le couple de conclure « que les pays pauvres ne sont pas voués à l’échec parce qu’ils sont pauvres ou parce qu’ils ont subis beaucoup de malheurs »…mais « qu’il n’existe pas de baguettes magiques pour mettre fin à la pauvreté » L’inde d’ailleurs, un des plus pauvres pays du monde il y a encore 40 ans, est maintenant avec la Chine en tête du peloton des pays émergents. Bien que tous deux drainent encore des dizaines de millions de pauvres.
Ce qu’il faut, assènent nos Nobels, c’est : « Combattre l'ignorance, l'idéologie et l'inertie".
J’avoue que je regrette de ne pas avoir été présent là où ils ont testés longuement au Bengale leurs théories (Je n’ai jamais travaillé à Burdwân, pourtant pas loin d’ici). En 1977, une équipe de l’OMS était resté longtemps à notre dispensaire de Pilkhana (petit hôpital SSS qui existe toujours) alors qu’on traquait les tous derniers cas de variole en Inde, donc du monde. Devant une foule de presque huit cent malades par jour (ce que des médecins estimaient impossible…alors qu’on atteindra 1200 aux Sundarbans ou à Bélari plus tard), ils m’avaient dit : c’est avec une
équipe paramédicale multi-spécialités de base comme la vôtre, qu’on aurait voulu travailler ces trois dernières années de lutte contre la variole ! Ils avaient compris que ce ne sont pas les médecins qui peuvent combatte les maladies des pauvres, mais des gars et des fille formés pour être « médecins aux pieds nus », allant partout, s’intéressant à tous les problèmes des miséreux, vivant avec eux, connaissant leurs priorités et leurs limites qui seuls pourraient faire fléchir les courbes de la mortalité infantile, de leur morbidité, de la dénutrition, de la
contagiosité et des maladies gynécologiques, déjà au niveau des fillettes jusqu’à l’éducation des filles et belles filles par les mamans. Si elles envoyaient leurs gosses au dispensaire de Pilkhana, ce n’était jamais pour la toux, l’estomac, le cœur ou les os, mais c’étaient pour les maladies de peau et les pansements nécessaires, pour les vers tueurs, pour les bobos et blessures mineures, pour les parasites des pieds ou de la tête…voire les yeux. Toutes choses que la plupart des médecins ignorent, car on n’a pas besoin de stéthoscope pour cela ! Ainsi, répondons à ces besoins primordiaux où la guérison est immédiatement visible, et les malades afflueront, et alors, mais alors seulement, un médecin sera nécessaire pour de grosses maladies dont personne ne se soucie. Quelle maman va s’affoler pour un premier symptôme de polio (mal de tête), ou pour une tache plus rouge que les autres de variole
au milieu des eczémas envahissants ? Ou de démangeaisons plus graves du typhus dans une tête infestée de poux ? Ou des vomissements du choléra, alors que les vers les font déjà tous vomir ? Je suis certain alors que la méthode « d’essais randomisés et contrôlés » d’Abhijit aurait vite fait de comparer nos résultats à Pilkhana, avec
ceux des slums environnants avant qu’on y travaille, ou dans les différentes zones rurales ou nos équipent ont travaillés 40 ans et plus ! Non pas pour qu’on nous dise « Bravo, bon travail », mais pour qu’on nous souligne les limites de nos activités, le temps perdu à ne pas suivre une méthode plus scientifique, et surtout, pour faire
comprendre aux médecins qu’ils ne sont pas là pour jouer les grands manitous à la recherche de maladies rares, mais pour mettre leur science au niveau de leurs malades, au niveau des pâquerettes et des lotus, mais pas au niveau de faux Nobels !

Las, ils n’ont toujours pas compris, et notre propre médecin, hautement qualifiés, ne
daigne guère faire un pansement, ne veut pas plus de 50 malades par jour, et se contente de distribuer des antibiotiques (toujours plus fort) contre des toux ou des diarrhées… virales, ce qui, après le passage de deux médecins MBBS, nous a forcé à fermer le dispensaire d’ICOD, les malades devenant résistants à tout !
Excusez-moi pour ce nouvel excursus, mais on a partout toujours regardé de haut notre méthode de « filles médecins aux pieds nus », avec ses millions de cas traités, que maintenant que j’ai dû arrêter à cause de la surdité et l’âge, je regrette de ne pas avoir rencontré avant Abhijit ou Esther. Eux auraient compris. Et aujourd’hui le
monde médical reparle de redémarrer à partir de la base. Il y a dix jours, dans une conférence à Kolkata : « Mais pourquoi faut-il des médecins partout ? Il vaudrait mieux former des infirmiers – bien sûr pas des filles - qui ferait le
gros du travail à la base, et ensuite, nous pourrions y aller et travailler de concert avec eux ? » CQFD…Mais avec des filles, base de l’approche confiante des familles ! Puis on a pu lire dans les journaux cette semaine qu’il faut à tout prix abandonner l’idée des « médecins aux pieds nus » car les chinois les ont utilisés pour imposer leur «une famille, un enfant», pour sanctionner, punir et déporter les coupables ! » Et maintenant, il n’y a plus que les équipes de SHIS qui le font, mais qui meurent faute de fonds, et Sukeshi, le dernier des Mohicans infirmiers, qui se morfond !

Et Bibi bien sûr, qui touche les tréfonds…des bas-fonds.