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16/11/2011

Les aventures quotidiennes à lo'ICOD

Une maman arrive éplorée : « Mon mari est buveur, me bat et veut vendre nos deux fils de 10 et 11 ans » Aussitôt, nous envoyons un gars de l’autre côté du Gange pour faire les nécessaires enquêtes. L’histoire est confirmée. Nous contactons la mairie, puis la police pour obliger le père à signer un papier comme quoi il accepte que ses enfants soient pris en charge par une ONG amie proche de chez eux, ICOD payant les frais d’écolage. Nous ne prenons plus les garçons de plus de douze ans, pour éviter des ennuis futurs car à cet âge, les problèmes commencent avec nos fillettes. Et nos villageois Dalits (intouchables) sont si retardés que nous ne pouvons nous payer le luxe d’avoir ce type de complications ici. On serait accusé du pire. Nous allons donc transférer ceux que nous avons et qui ont atteints treize ans dans cette association que nous avions cofondée il y a 18 ans justement dans ce coin avec Sukeshi.

Dans la même semaine, j’apostrophe devant le garage une famille dont un homme en menace un autre d’un bâton. M’approchant, je remarque que le jeune homme d’environ trente ans qui lance des imprécations tous azimuts a ses mains liées dans le dos par d’énormes chaînes et porte des traces de coups. Le frère m’explique qu’il est littéralement fou à lier et qu’il veut que notre docteur le soigne. Gopa lui tapote alors gentiment le dos, mais l’énergumène lui crache presque au visage en la menaçant de la pire des manières et en hurlant : « Je ne suis pas un chien ni un animal. Je suis un homme et si tu m’approches je te tue » Connaissant d’expérience ce type de folie furieuse, il ne m’est pas difficile de le caresser en lui parlant doucement, tout en lui entourant le cou d’une main et ordonnant de cacher le bâton.

 

En revenant d’une de ces virées sur des sentes de villages dans l’obscurité, un gosse de notre groupe s’est fait piquer par un scorpion juste un peu avant d’atteindre ICOD. Branle-bas de combat. Comme toutes les lumières étaient éteintes pour les feux d’artifice, il a fallu chercher presque à l’aveuglette les médicaments, faire une piqûre en urgence et envoyer notre petit Krishnendou de 10 ans à l’hôpital. Le gros orteil épouvantablement enflé et déjà bleui par le poison, il a fallu poser un tourniquet, appeler le chauffeur par téléphone de venir en urgence (il a mis une heure, le pauvre, car il ne trouvait pas de bicyclette la nuit !), avertir un autre travailleur d’Uluberia de se trouver aux urgences de l’hôpital, signaler l’événement à Gopa, officiellement responsable pour tout accident de notre maisonnée. Car elle se trouvait dans sa famille pour la « Fête des frères » (12 ans qu’elle n’y était pas restée la nuit !) Elle était aux cent coups et voulait revenir. Mais avec quel véhicule ? Pendant tout ce temps, la jambe enflait et la douleur devint presque intolérable. Mais le petit gars tenait le coup vaillamment en gémissant, encore qu’il ait montré des signes de début de convulsions. Je lui ai fait une piqûre antiallergique pour lui éviter un choc anaphylactique que j’ai vu à plusieurs reprises. Ce qui a eu don d’énerver le docteur des urgences qui a dit d’un ton furieux : « Quand vous m’amenez quelqu’un piqué par un serpent ou un scorpion, il ne faut rien lui donner, sinon, comment je vais savoir le degré de gravité si ses réactions sont émoussées par des piqures ? » Dommage que je n’y étais pas, parce que je l’aurais envoyé sur les roses ! Ces jeunes toubibs ne connaissent que leurs bouquins et ne peuvent imaginer ce qui peut arriver durant les deux heures qu’on a mis à l’amener. Depuis certains hameaux, il faut trois ou quatre heures pour atteindre un hôpital la nuit. Et sans même être sûr de trouver un médecin hors du lit ! Bref, il a été mis sur perfusion…et s’en est bien sorti en deux jours. Un gosse de moins de huit ans y serait peut-être resté ! Nous avons respiré plus facilement à sa sortie.

 

Fêtes à l'ICOD et ailleurs

 

Avant les grandes Poujas, deux autres jours de congés pour célébrer deux puissances célestes très populaires : Vishwakarma, déité très apprécié signifiant « l’Universel qui sait tout, l’Omniscient », désignant depuis les Védas la personnification de la puissance créatrice. En cet avatar, il est le charpentier des dieux, leur joailler, celui qui construit toutes les cités, qui façonne les charriots célestes, le Seigneur de la science, de la mécanique, des arts, des artistes et des artisans comme aussi de l’architecture. Pour les hindous fondamentalistes, il est en plus celui qui a construit la ville de Lanka pour les démons et le pont entre l’Inde et Sri-Lanka (ce fameux pont qu’ils exigent que le gouvernement reconstruise au lieu de faire une réserve naturelle des iles corallifères !) En son honneur, chacun doit apporter son outil de travail pour le faire bénir. Les écoliers amènent leurs cahiers, livres et stylos. Une grande statue a été érigée à ICOD durant trois jours.

 

 

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Le même jour a lieu en différents villages la vénération d’Oshtonag, la déesse à huit têtes de serpent. Elle a face humaine mais avec une queue de cobra et une coiffe de huit najas. L’honorer, est se défendre des piqures de serpents, de scorpions et autres insectes malveillants. Inutile de dire que son culte est très en vogue partout. Il aide à apprendre à protéger les serpents et a se les rendre favorables plutôt que les tuer ! Invité à inaugurer le spectacle, j’ai parlé de la paix dans l’amour et sous le regard du Dieu. Et ai reçu les seuls applaudissements de la soirée. Rare en ces occasions de fêtes, où les buveurs font la loi. Justement hier, donc la veille de cette coutume, une fille entrant dans la véranda voit un énorme serpent se dresser contre la porte vitrée de ma chambre. Elle s’est enfuie en hurlant qu’un cobra géant allait m’attaquer. Un travailleur vint le chasser. Ce n’était que mon ami le serpent-ratier mâle de plus de deux mètres qui loge au-dessus de nos têtes. Je le vis un peu plus tard dans le jardin. Il est de vraiment belle taille, mais est inoffensif, sauf si il se fâche, Avec ses anneaux puissants, il peut fracturer le bras d’un enfant. Il entre parfois dans ma pièce mais y reste très discret si j’y suis. Heureusement, le nombre de mangoustes (petits animaux carnivores et prédateurs ressemblant vaguement à une fouine) se sont multipliés, et je sais trois endroits où pouvoir les rencontrer gambadant en couple. Les grandes mangoustes (taille de blaireau) sont moins fréquentent mais nichent par ici aussi. Grâce à ces animaux, le nombre des reptiles venimeux est tombé de façon absolument surprenante. Plus guère à craindre une piqure de cobra, de bongare ou de vipère. Mais on reste prudent durant la mousson, si active cette année qu’il pleut tous les jours ou presque. Ce qui fait danser de joie les nombreuses sangsues.

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Nos deux étangs ont souvent débordés et nous devons en protéger les poissons avec des filets. On en a profité pour faire une pêche miraculeuse. Les photos témoignent de leur bonne santé. Et de leur bon poids. Nous n’en n’avons prélevés que quarante kilos pour nos quelques deux cents bouches pour la ‘Fête de la popote’ (Ranna Pouja) 200 grammes par personne pour deux repas est un luxe rare !

Pêche miraculeuse.jpg


 

Mais depuis 10 jours, les pluies torrentielles ont inondé plusieurs Etats (Bihâr, Orissa, Uttar Pradesh) et affectés plus de deux millions de personnes à ce jour, avec une centaine de morts pour l’instant et des centaines de milliers de sinistrés. Notre Damodar monte dangereusement à nouveau chaque semaine…

 

Centenaire de la naissance de Mère Teresa

 Pour le centenaire de la naissance de Mère Teresa, l’Inde s’est mise en fête. Elle avait déjà été mise en timbre de son vivant (premier indien à recevoir cet honneur !), on lui a en a reproduit un nouveau. Et pour faire bon poids, une pièce de monnaie courante de cinq roupies à son effigie, mais en bronze doré. Ont été rajoutés un long train bleu et blanc appelé ‘Mother Teresa Express’ pour véhiculer à travers toutes les stations de l’Inde une exposition multimédia en son honneur (il y a même une vidéo d’Arte sur…le fondateur d’ICOD !) Et des tas de programmes religieux et culturels partout.

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Sur la tombe de Mère Teresa

Quatorze ans après sa mort, elle est plus vivante que jamais. Nous avons emmenés les grandes filles en ce jour à son tombeau pour la première fois. Elles étaient extatiques. Une cérémonie en fait très simple et très émouvante, dominée par des chants de professionnels hindous, musulmans, chrétiens ou Sikhs. On y a rencontré la Supérieure générale, qui était venu à ICOD, Soeur Prema, et qui nous a béni avec son large sourire si attirant.(cf. photo)

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Soeut Prema, supérieure générale

Il y a maintenant plus de 5000 soeurs (1200 de plus qu’avant), dans 800 maisons et 138 pays (18 de plus qu’en 1997) On ne peut pas dire qu’elles ralentissent, même s’il y a moins de novices indiennes. Bref, à Kolkata, elle compte, et ‘son‘ avenue est la plus importante de la métropole, ex-Park Street qui se trouve être en plus, la rue chaude des routards et de la jet-society ! Je suis heureux de ce qu’une ‘nonne’ chrétienne soit considérée comme une gloire dans un pays non chrétien (les catholiques sont moins de 2 %, et à Kolkata, 0,03 %) Quel bel exemple de tolérance ! Nos pays dits sécularisés devraient en prendre de la graine.